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- Les horreurs des réseaux sociaux
Gaëlle, une lycéenne de 17 ans, faisait défiler les posts TikTok sur son téléphone, un geste devenu presque automatique : la guerre, la violence, des tragédies en chaîne… Soudain, une vidéo montrant un accident de voiture apparut, accompagnée de commentaires où l’humour glacial s’immisçait sans retenue. Elle ne réagit que par un bref battement de paupières. Elle n’avait pas toujours agi ainsi. Elle se rappelait encore le malaise éprouvé la première fois qu’elle vit quelque chose de choquant en ligne : une vidéo brutale, partagée sans réflexion, qui l’avait hantée pendant des jours. Aujourd’hui, cependant, ses réactions étaient bien plus froides et brèves. Elle regardait, absorbait, puis passait à autre chose. À l’école, ses ami(e)s évoquaient un drame récent, une fusillade qui avait frappé la ville. Alice sanglotait : « C’est tellement horrible… », murmura-t-elle. Gaëlle hocha la tête, mais ne dit rien de plus. Elle avait déjà vu les images et entendu les bruits : le sang, les corps sans vie, les cris. Et pourtant, cela ne l’avait pas secouée. Avait-elle perdu quelque chose d’essentiel en elle ? Cette nuit-là, dans le silence de sa chambre, l’écran de son téléphone brillait dans l’obscurité. Encore une catastrophe, une nouvelle mort, pensait-elle. Elle ne ressentait plus grand-chose, bien qu’elle sache qu’elle devrait. Une notification apparut, envoyée par son petit frère de 13 ans : « T’as vu c’qu’il s’est passé ce soir ? Woah ! J’espère que je vais réussir à m’endormir ». Gaëlle hésita, ses yeux fixant le message. Son frère semblait encore intact, pur, et épargné par la saturation d’horreurs dont elle avait été témoin indirectement. Elle décida donc de poser son téléphone et alla rassurer Yann, dans la chambre d’à côté. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais effacer ce qu’elle avait vu, mais peut-être pourrait-elle encore préserver un peu de l’innocence qui lui restait. Et qui sait, peut-être redeviendra-t-elle sensible aux événements un jour. Fin. Merci pour ta lecture de Les horreurs des réseaux sociaux et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- La planète part en vrille
Assise sur le balcon de son loft à Annecy, Aurore contemplait le lac immaculé qui s'étendait en contrebas. L'eau, d'un calme parfait, reflétait la lueur du lever du soleil, tandis que l'air frais, mais pollué, portait les échos feutrés des rues bordées de cafés et de boutiques. Un paysage idyllique, et pourtant, elle se sentait si oppressée. À ses côtés, Maxime, son frère jumeau, s'appuyait sur la rambarde de verre, une infusion à la main, repensant aux actualités du jour : — Sécheresse en Éthiopie… — Inondations au Bangladesh… — Record de chaleur au Brésil… Il soupira en secouant la tête : « C'est de pire en pire ! » Aurore resta silencieuse. Que pouvait-elle répondre ? Tout lui semblait pesant ici, comme si la vie était trop simple d'une certaine manière. Ayant dû suivre leurs parents dès 7 ans, Aurore et Maxime avaient grandi dans des contrées où l'eau se rationnait, où les hôpitaux débordaient de patients sous-alimentés et où les enfants toussaient la poussière d'une terre en agonie. Cela leur avait permis de devenir des personnes sensibles à la dégradation de la planète, ce qui est positif, certes, mais ils se sentaient si impuissants. Ce qu'ils accomplissaient ne leur semblait jamais suffisant. « Je sais, je sais », répondit Aurore d'un air découragé. La veille, leur mère les avait appelés pour essayer de les réconforter : « Mes chéris, vous ne pouvez pas porter le poids du monde sur vos épaules. Je sais que votre conscience vous pèse, mais vous devez aussi vivre. Vous faites de votre mieux, et ce n'est pas parce que la vie est différente à Annecy qu'elle doit vous consumer tout entier. Je sais que vos activités associatives sont nombreuses, que vous avez un voyage humanitaire le mois prochain et que la plupart de vos dépenses se consacrent aux autres, mais quand même, vous mettre tant de pression affecte aussi votre santé mentale. » Maxime finit par poser son infusion, puis se frotta le visage : « Il faut faire quelque chose ! » Aurore hocha la tête. « Mais quoi ? Maman nous a parlé hier, en plus. » Il réfléchit un instant, le regard perdu à l'horizon : « On change de méthode ? On crée notre propre association, on fait de la sensibilisation à travers différents médias ? Après tout, on n'a pas besoin d'être en Érythrée pour agir, non ? ». Pour la première fois depuis leur arrivée à Annecy, il y a deux semaines, Aurore s'imaginait également aborder les difficultés écologiques et sociales d'une nouvelle manière, mais à une condition : « Par contre, j'aimerais aussi que nous commencions à suivre les conseils de maman et que nous vivions nous aussi de notre côté. Tu te rends compte de tout ce que nous manquons ou refusons de faire, car participer à la destruction de notre planète nous anéantirait. » Maxime regarda sa sœur droit dans les yeux, puis lui dit : « On pourrait essayer. C'est vrai que les angoisses, les nausées, tout cela commence à devenir difficile à vivre. Si j’avais une condition ce serait qu’on ne touche pas à la voiture de papa dans le garage, on prend les transports en commun ou on s’prend des vélos, c’est tout. T’es OK ? » « Bien sûr frérot » lui répondit sa soeur, sentant un petit stress monter tout de même. Le monde continuait de partir en vrille, mais Aurore et Maxime ne pouvaient pas en faire plus. Ils se contenteraient de faire de leur mieux pour améliorer la qualité de vie de tous. Fin. Merci pour ta lecture La planète part en vrille et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- Dermatillomanie-moi !
Frédérique était assise au bord de son lit, ses doigts traçaient doucement les marques rugueuses sur ses bras. Devant elle, le miroir renvoyait l’image des cicatrices laissées : une constellation de taches rouge et marron, certaines fraîches, d’autres plus anciennes, presque effacées. Elle savait qu’elle devait arrêter, elle l’avait toujours su, mais l’envie demeurait plus forte que la raison. Tout avait commencé à ses onze ans : une simple tache, une égratignure par inadvertance, puis une autre et encore une. Au fil des années, ce geste était devenu un réflexe, presque un instinct. Le stress, l’anxiété, l’ennui, la tristesse… ses doigts se dirigeaient toujours vers sa peau, à la recherche d’imperfections à « effacer ». Elle avait tenté mille solutions : des gants, des jouets qui occupent ses mains, mettre des faux ongles, et même coller des pansements pour ne pas avoir accès aux plaies qu’elle a crée en se grattant, parfois bien trop fort. Rien n’avait tenu. Ce besoin était bien plus qu’une simple habitude : c’était un malaise profond, un malaise qu’elle n’arrivait pas à nommer et qui lui créait bien des complexes. De plus, l’illusion de soulagement qu’elle ressentait après l’acte, n’arrangeait pas les choses. Un jour, Anaïs, sa meilleure amie, l’avait surprise en train d’essayer d’enlever la croûte formée sur son nez après l’apparition d’un bouton. « Frédérique, arrête ! Tu te fais du mal ». Pourtant, l’angoisse avait été plus forte que sa volonté de stopper cette forme d’automutilation. Elle grogna, afin de faire part de sa frustration, face aux injonctions qu’elle entendait, depuis des années. La culpabilité la rongeait tant, elle aimerait vraiment arrêter et pouvoir enfin aimer son corps. Elle serra ses poings et les pressa contre ses genoux, tandis que le silence de la chambre pesait lourdement autour d’elle. Ceci était si énervant, tout ce qu’elle voulait c’était pouvoir résister à ses compulsions. « Je crois que j’ai besoin d’aide, il est impossible que je sois la seule à vivre cela », pensa Frédérique. Ces mots, bien que jamais prononcés à voix haute, représentaient un premier pas. Après tout, elle avait toujours cru être la seule à se « triturer la peau » sans pouvoir s’arrêter, mais cette situation lui semblait de plus en plus insupportable. Le lendemain, elle publia un sondage en story sur son compte Instagram professionnel dédié au dessin : « Ça vous arrive aussi de gratter vos plaies lorsque vous êtes stressé(e)s ? » La majorité n’avait pas répondu oui, mais trente-sept personnes l’avaient admis, ce qui fut déjà un choc pour Frédérique, qui ignorait que d’autres vivaient la même chose. Elle reçut alors un message privé d’une abonnée, à qui elle écrivit : « Coucou, je me permets de t’envoyer ce message, car j’ai vu que tu avais répondu oui au sondage. As-tu l’habitude de te triturer la peau ? » Deux heures plus tard, elle obtint la réponse suivante : « Oui, je souffre de dermatillomanie depuis déjà cinq ans ». «Elle souffre de quoi ? », pensa-t-elle, confuse. Elle se hâta de chercher la définition de la dermatillomanie et là, tout prit un sens. Elle n’était vraiment pas la seule à vivre cela en fait… Fin. Merci pour ta lecture de Dermatillomanie-moi ! et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- Le regard des autres
Emily se réveilla ce Lundi en prononçant son mantra quotidien : « Aujourd'hui, je me fiche de ce que les gens peuvent penser de moi ! ». C'était un rituel, un appel désespéré à l'univers, une façon de se protéger de sa peur constante du regard des autres. Malheureusement pour elle, ce rituel s'effondrait toujours quelques minutes après avoir verbalisé ces mots. Dès qu’elle arrivait au bureau, la collègue d’Emily avait pour habitude de presque lui sauter dessus, pour lui demander de l'aide sur ses projets, alors qu'il lui revenait de s'en occuper toute seule. « Bien sûr », lui répondait habituellement Emily, alors que souvent, sa propre deadline se profilait à l'horizon. De coutume, le week-end, son ami Liam l’appelait pour se plaindre de sa petite amie et Emily l'écoutait patiemment, puis lui donnait des conseils pour l'apaiser, suite à chaque dispute. Telle était la vie d'Emily : un cycle constant de suppression de ses propres besoins et désirs, afin de satisfaire les autres. Elle était terrifiée à l'idée d'être désapprouvée, de paraître égoïste ou de sembler complètement inutile. Cette peur était née d'une enfance où les remarques de tous ne dépendaient que de ses réussites et de son obéissance. Pourtant, elle était bien plus que ça. Un soir de juin, épuisée par une nouvelle journée à faire plaisir à autrui, elle s'effondra dans son lit : « S'il vous plaît », murmura-t-elle à personne en particulier dans l'obscurité, « je veux juste être libre ». Le lendemain matin, Emily avait pris plus de temps pour se réveiller, se sentant quelque peu secouée et inconfortable, mais étrangement, elle avait aussi l’impression d’être très légère tout d’un coup. Le nœud d'anxiété qu'elle ressentait en permanence au creux de son estomac avait disparu. Lorsque sa collègue Anne lui demanda de l'aide ce jour, Emily lui expliqua calmement qu'elle avait d'autres priorités. Liam l’avait aussi appelé ensuite et pour la première fois, Emily posa des limites fermes en lui disant qu'elle n'était pas la bonne personne pour le conseiller et qu’elle ne pouvait plus tolérer les mots qu’il exprimait envers la personne avec qui il partageait sa vie. Ce fut tant libérateur pour Emily. Elle disait « non » plus souvent, elle exprimait ses opinions sans crainte et faisait de sa propre personne une priorité. Elle s’était même inscrite à un cours de poterie, une activité qu'elle avait toujours voulu pratiquer, mais où elle avait trop peur d'être médiocre et jugée. Le monde ne s’était pas effondré, il s’était même amélioré à son avis. Quelques mois plus tard, même ses relations étaient devenues plus authentiques. Elles étaient enfin fondées sur le respect mutuel, plutôt que sur une quête constante d’approbation. Un jour, sa collègue Anne s’était approchée d'elle, non pas pour lui demander quelque chose, mais pour s'excuser : « Je me suis rendue compte que j’abusais un peu… voire beaucoup, de tes services au boulot », avoua-t-elle. « Tu as l'air différente maintenant Emily. » Emily lui sourit, puis lui répondit : « Oui, je suis différente Anne, j’ai enfin compris que mon opinion personnelle comptait plus que celle des autres ». La peur du jugement se manifestait parfois, vraisemblablement comme le fantôme de son passé. Toutefois, Emily disposait des outils nécessaires pour y faire face. Elle avait enfin trouvé sa voix, sa force, et surtout sa propre validation. Elle avait compris que l’apaisement ne résidait pas dans une transformation radicale, mais dans le courage de se détacher de ce que les gens pensent. dring dring dring Emily ouvre les yeux, regarde autour d’elle et se dit : « Oh Nooon ! Non ! NON ! Ce n’était qu’un rêve ??? Je dois retourner dans ce cauchemar qu’est mon quotidien ? Comme ça ? ». Fin. Merci pour ta lecture du Regard des autres et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- La première fois
Linda est assise au bord de son lit, ses mains sont agrippées à son doux plaid en velours et son regard est plutôt fuyant pour le moment. Bien qu’elle sente son coeur battre relativement vite, l'excitation qui lui serre la gorge se fait bien ressentir également. Le moment est enfin arrivé et elle a méticuleusement planifié chaque détail de la venue de Kyle, son adorable petit ami en qui elle a confiance depuis le début de leur histoire. Kyle rejoint Linda et s’assoit lentement à côté d’elle. Ensuite, il pose délicatement sa main droite sur sa cuisse gauche, et là, c’est le drame. Intérieurement, Linda sent le nœud familier de l'anxiété se former à toute vitesse. Néanmoins, elle reste déterminée, car elle s’est promis qu’aujourd’hui, elle passera à l’acte officiellement. « Ce n’est pas grave si je dis ça tous les mois, n’est-ce pas ?! », pense-t-elle avant de se concentrer sur le moment présent et d’y rester. Son petit ami lui chuchote à l’oreille qu’ils ne sont pas obligés de faire quoi que ce soit si elle n’est pas prête, et Linda a vaguement l’impression que c’est la quatrième fois de la soirée qu’il la rassure avec cette phrase. Linda déteste ce sentiment de culpabilité et de frustration qui semble toujours l'accompagner lorsqu'elle tente de se rapprocher de quelqu’un physiquement. Ce n’est pas de la faute de Kyle, car il ne lui a jamais mis la pression, il ne l’a jamais fait se sentir ridicule à cause de ses hésitations et changements d’avis de dernière minute. La pression vient clairement de quelque chose de plus profond, mais elle ignore ce que c’est. Elle entend cette même voix méprisante dans sa tête qui ne cesse de lui répéter qu’elle est nulle, car elle ne peut pas faire ce que tout le monde réussit à faire au quotidien avec aisance. « J'ai juste... », la voix de Linda se brise et elle baisse les yeux. « Je pensais que cette fois-ci, j'y arriverais. Je le voulais vraiment. Enfin, je le veux vraiment. Je suis désolée Kyle, tu perds vraiment ton temps avec moi, tu mérites une femme moins incapable ». Son copain se met à lui masser les cervicales, ce qui a toujours le don de la détendre assez vite, mais aujourd’hui, le geste habituel ne fait qu'accentuer sa honte et son sentiment de culpabilité. « Ce n'est pas grave, tu n'as pas à t’expliquer », dit Kyle d’un air soucieux. Cependant, Linda tient à le faire de nouveau. Elle sait depuis toujours que son anxiété continuera d’avoir une influence sur sa vie, mais la peur de perdre sa virginité à 29 ans n’a rien à voir avec le stress de prendre la parole en public ou de se retrouver bloquée dans un ascenseur. La société a toujours mis un accent spécial sur la sexualité, en criant à qui veut bien l’entendre que le sexe est la porte d'entrée vers l'âge adulte, la féminité, l'intimité et la connexion avec soi et autrui. Linda a toujours essayé de se convaincre que l'attente n’a pas d'importance, que sa vie sexuelle potentielle ne la définit pas. Pourtant, chaque tentative ratée ne fait que l'aliéner davantage. Kyle s'excuse pour aller chercher un verre d’eau pendant que Linda ouvre son téléphone et tape discrètement — conseils rapides pour les personnes qui ont peur d'avoir des rapports sexuels — sur ChatGPT . Les données s’affichent progressivement et trois mots lui sautent aux yeux parmi tous les conseils cités : sexologue, sexothérapie , asexualité. Elle n'a pas le temps de lire les conseils, car son petit ami est déjà de retour dans la chambre, mais elle garde l’onglet internet ouvert pour plus tard. Après tout, il est clair qu’il ne se passera rien ce soir, pour ne pas changer. Deux heures plus tard, Kyle est profondément endormi dans leur chambre et Linda est assise sur la terrasse avec son téléphone en main, afin de revenir sur sa lecture. L'idée de contacter un(e) sexologue lui paraît terrifiante, mais intelligente. Si elle ne franchit pas cette étape, elle risque de rester piégée à jamais, prisonnière des attentes de la société et de ses pensées angoissantes. Linda envoie un texto à sa meilleure amie et lui dit : « Zéro pointé, encore une fois. Franchement, je crois que j'ai besoin d'en parler à quelqu’un qui s’y connaît professionnellement. Je ne peux pas continuer à donner de faux espoirs à Kyle, ce n'est pas juste. Il ne mérite pas ça et à force, je sens que je commence à le pousser vers la sortie, car j’ai peur qu’il perde patience ». Après s’être informée toute la nuit, Linda a enfin pris sa décision. Elle compte en discuter avec Kyle à son réveil. Le lendemain matin… Cela fait au moins une heure et demie que Kyle et Linda discutent au lit. Ils n’ont même pas encore pris leur petit-déjeuner. Toutefois, Linda refuse qu’ils démarrent leur journée sans parler d’hier soir. « Je pense que c'est normal, ça arrive à certaines personnes. Honnêtement, je sais que je n’aurais jamais le courage d'aborder ce sujet avec quelqu'un que je ne connais pas. C'est beaucoup trop personnel et intimidant pour moi. J’admire le fait que tu veuilles le faire en tout cas. Je suis fier de toi. » Linda sait que son petit ami veut bien faire, mais dans tout ce qu’il vient de dire, elle bloque sur un détail qu’elle a clairement oublié d’envisager : parler de sa sexualité avec un(e) inconnu(e). Linda ressent une lueur d'espoir, doublée d’une peur bleue que quelqu’un de qualifié se moque d’elle. Trois semaines plus tard... Linda a rendez-vous chez le sexologue cet après-midi. Elle a rompu avec Kyle il y a huit jours, après qu’ils aient réessayé et que ce soit encore un fiasco . Elle lui a partagé son besoin d’avoir du temps pour travailler sur elle et bien qu’il n'était pas d'accord, elle devait le laisser partir pour savoir si tout cela était dû à ses choix de partenaires ou à quelque chose de plus grave. Au fond d’elle, Linda espère que ce premier rendez-vous sera miraculeux et qu’après cette consultation, elle pourra se remettre avec Kyle rapidement. Est-ce irréaliste ? Fin. Merci pour ta lecture et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- Ton burn-out, avant le mien
Fabien s'appuya sur l’îlot de la cuisine, l'épuisement de la journée pesant sur ses épaules. Ses yeux se posèrent sur la télévision, où il regardait à moitié un documentaire sur le burn-out dans les entreprises européennes. Il était sur le point de tout éteindre, lorsque quelques phrases retinrent son attention : fatigue, manque de motivation, difficultés à trouver du plaisir dans des choses qui semblaient intéressantes auparavant, sautes d’humeur, et plus. Il se redressa, se sentant inconfortable en lisant les mots à l'écran. Ces derniers temps, il se sentait tout simplement au ralenti, et la lutte qu’il menait pour répondre aux exigences de son travail ne faisait qu'aggraver la situation. Ellie était la seule chose qui comptait. Soudain, un détail attira son attention, il entendit le présentateur du documentaire mentionner : « Les enfants peuvent autant souffrir de burn-out, surtout à l’école, il n’y a pas d’âge prédéterminé ». Son cœur se serra. Il songea alors à sa petite fille Ellie, qui semblait renfermée et épuisée depuis un bon petit moment déjà, accablée par ses devoirs scolaires et passant son temps libre à lire, plutôt qu'à jouer comme elle le faisait auparavant. Fabien eut attribué ce changement à une phase, peut-être même à un défi habituel suite à une nouvelle année scolaire ou à une puberté précoce. Pourtant, à cet instant précis, une image différente se forma dans sa tête. Oubliant ses propres difficultés, Fabien saisit son iPad et commença à chercher des articles sur l'épuisement scolaire des enfants. En lisant les symptômes, il ressentit un mélange de panique, mais aussi de méfiance : troubles du sommeil, irritabilité, maux physiques, changement d’appétit et appréhensions fortes à l'idée d'aller à l’école. Ce fut bien le comportement récent d'Ellie, présenté sous forme de texte et appuyé par deux psychiatres et deux psychologues apparemment. « Comment ai-je pu manquer ça ? » Se questionna-t-il, l’autoflagellation s'emparant de lui. Il aurait dû s'en apercevoir plus tôt ; Ellie était tout pour lui et il ne pouvait supporter une réalité où elle se battait seule, face à quelque chose qu’elle ne comprenait peut-être pas. Il eut envie de l’aider hâtivement de tout son coeur, mais il ne savait pas par où commencer. Ellie avait possiblement besoin de voir quelqu’un, comme l’indiquaient les résultats du moteur de recherche. Quelqu’un qui pourrait l'aider à accueillir ses émotions, ses questionnements ou ses humeurs pesantes. Tout à coup, une autre crainte l’envahit : et si Ellie pensait qu'il suggérait que quelque chose n’allait pas chez elle, qu’elle était anormale ou que tout était de sa faute ? Plein de culpabilité, il décida d'appeler sa meilleure amie, Aurélie. Aurélie était calme et ne tournait jamais autour du pot, elle avait toujours été là pour le guider dans les moments difficiles. Quand il lui expliqua sa prise de conscience et ses craintes au sujet d'Ellie, Aurélie l’écouta attentivement, puis lui dit : « Fabien, je m’inquiète pour toi aussi, tu sais. Tes ressentis ne sont pas si différents d’Ellie. Je ne suis pas professionnelle, mais en voir serait une bonne idée à considérer, non ? Je ne savais pas comment aborder le sujet avec toi, j’eus trop peur que tu penses que je juge ta façon d’être en tant que parent… ». Fabien prit une grande inspiration. Il ne lui était pas venu à l'esprit que ses proches auraient pu remarquer qu’il n’allait pas vraiment bien ces derniers mois. Si Ellie et lui étaient tous les deux en difficulté, peut-être avaient-ils besoin l'un de l'autre pour s’épauler. Aurélie lui suggéra d'envisager une psychothérapie familiale, plutôt que des rendez-vous individuels au début. De cette façon, Ellie ne se sentirait pas seule, elle serait en sécurité et ils pourraient entamer ce voyage ensemble. Le lendemain matin, Fabien en parla à Ellie d'une voix légère et rassurante. « Princesse, serais-tu d'accord pour que nous allions voir un psychologue ensemble ? Tu sais... Juste pour comprendre les émotions ou pensées qui te travaillent ces temps-ci. J’ai remarqué que certaines choses te tracassaient. Je t'expliquerai tout à l'avance et je t'ai même acheté quelques livres sur la façon dont on pourrait mieux communiquer à l’avenir. Je m’inquiète pour toi et pour être honnête, si tu ne vas pas bien, papa a raté quelque chose, ma chérie… Halte-là, demoiselle ! Sais-tu ce qu'est un psychologue au moins ? Tu es tellement intelligente, que parfois, j’oublie que tu n’as que dix ans et demi » , lui sourit Fabien. Ellie le regarda pensivement, ses yeux fatigués s'illuminant légèrement pour ensuite emprunter son accent digne d’un épisode des chroniques de Bridgerton : « Bien sûr cher père, le psychologue étudie la façon de penser, de se sentir et de se comporter d'un point de vue soporifique et applique ses connaissances en vue d'aider les personnes à comprendre, à expliquer et à modifier leurs comportements… Tu doutes de mon intelligence ? » , demanda Ellie d’un air sournois et si amusant pour son père. « Je n’en doutais point chère fille, mais j’admire encore plus ta capacité à faire des recherches si rapidement sur Internet… Soporifique ? Je crois que tu as lu trop vite, ma petite SCIEN-TI-FI-QUE » , s’esclaffa Fabien en récupérant le smartphone collé au dos de sa fille et caché par sa main gauche. Ellie regarda le sol, soudainement timide « Tu as remarqué que quelque chose n'allait pas chez moi ? » , ajouta-t-elle d’une voix triste « Je suis vraiment désolée, papa. Je ne t'ai rien dit parce que je ne voulais pas t’inquiéter, mais en tout cas, même si je viens d’apprendre ce qu’est un psychologue SCIEN-TI-FI-QUE, je suis d’accord pour essayer, mais je ne saurai pas quoi dire, j’ai peur » , dit-elle en lui serrant la main. À cet instant, le cœur de Fabien se serra pour sa fille et il se précipita vers elle pour la serrer dans ses bras et lui assura immédiatement que tout allait bien. Il ajouta qu’il s’inquiétera toujours pour elle, car c’est aussi le rôle d’un parent. Les mots suivants ont eu l’air de rassurer Ellie après quelques minutes : « Il n’y a rien qui cloche chez toi, tu n’as absolument pas provoqué ce que tu ressens de douloureux et je m’excuse profondément de ne pas t’avoir parlé de la santé mentale plus tôt » . Fabien et Ellie allaient s'en sortir. Ils étaient peut-être tous les deux épuisés pour l'instant, mais au moins, ils étaient là l'un pour l'autre, comme ils se l’étaient toujours promis. Et peut-être, juste peut-être, que tout allait rentrer dans l’ordre assez vite. Aux premières notes de la sonnerie de leur maison, Fabien et Ellie se mirent automatiquement en position de starting-block , afin de courir jusqu’à la porte d’entrée pour savoir qui pouvait bien sonner chez eux à cette heure-ci. Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas fait leurs petites courses improvisées du soir. La porte s’ouvrit avant de déterminer le gagnant ou la grande gagnante. Ellie et Fabien entendirent cette fameuse voix pleine d’assurance, mais toujours soutenue d’une grosse dose de bienveillance : « Oui, oui. C’est bien moi. Maintenant que mamie est là, j’aimerais savoir pourquoi je dois apprendre par Aurélie, que mon fils et ma seule petite fille n’ont pas le moral depuis quelque temps ? » , Ellie et Fabien se regardèrent, puis serrèrent Adeline dans leurs bras. Fin. Merci pour ta lecture de Ton burn-out avant le mien et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- La dépression est de saison
Ce mardi matin-là, Anna était assise dans sa voiture, observant le givre qui s'accrochait à ses vitres avec obstination. C'était son cinquième hiver dans le nord de la France, et bien qu’elle appréciait contempler les parcs enneigés et les lumières festives de Noël, elle n’était toujours pas habituée au froid et à ce ciel gris qui s’éternisait. Elle se sentait assez chamboulée depuis la fin du mois de septembre, mais elle doutait des raisons qui pouvaient justifier de son état. Tout semblait être en pleine dégénérescence : son énergie, sa joie, ses amitiés, ses habitudes alimentaires, et même son intérêt pour ses livres préférés. Son mari Marco, la taquinait chaque année en lui disant qu'elle était « allergique à l'hiver », et bien qu’au début de leur relation, ce type d’humour la détendait, cela devenait de moins en moins drôle à ses yeux. La nuit dernière, elle s’était énervée contre lui comme jamais elle ne l’avait fait auparavant, puis elle avait fondu en larmes juste après. Elle n’était pas si apathique qu’elle le pensait finalement. Anna avait vaguement entendu parler de la dépression saisonnière, mais elle avait toujours considéré la définition comme étant ridicule. Une dépression causée par une saison ? Hilarant. Pour elle, la dépression ce n’était qu’une excuse que les gens utilisaient pour justifier leurs humeurs maussades et pour avoir des arrêts de travail faciles de toutes façons. Cela ne suivait pas du tout les codes de l’éducation qu’elle avait reçue. « Manquerait plus qu’une dépression à cause du soleil et du vent aussi ! », s’était déjà dit Anna. Pourtant, en quête de réponses et sans solution miracle à ses idées noires, elle s'empara de son smartphone et commença à se renseigner plus sérieusement sur le sujet, au cas où… Cela faisait déjà quinze minutes qu’Anna était assise au volant de sa voiture, à survoler plusieurs résultats sur Google , après avoir tapé — “Pourquoi je me sens si mal mentalement et physiquement à chaque hiver ? — dans la barre de recherche. Malgré les plaisanteries qu’elle s’autorisait avant, la jeune femme réalisait petit à petit que le trouble affectif saisonnier était bel et bien réel. Le premier résultat dans la liste proposée par le moteur de recherche énonçait que la réduction de la lumière du soleil pouvait apparemment perturber les niveaux de mélatonine, de sérotonine, et donc provoquer des changements d'humeur. Le résultat suivant expliquait que plus nous vivions loin de l'équateur, plus nous risquions de ressentir les effets des changements de saisons. Le troisième résultat présentait des habitants de la Scandinavie qui appréciaient les hivers grâce au « hygge » , qui est un mode de vie axé sur le bien-être, les atmosphères chaleureuses et le confort. Anna n'arrivait pas à imaginer que ce type d’aisance lui soit accessible un jour, car elle ne supportait vraiment pas l’hiver, et cela ne risquait pas de changer de si tôt, selon son avis. En passant de son application internet à son compte Instagram personnel, elle tomba sur un post sponsorisé proposant un e-book gratuit intitulé “Luminothérapie : comment guérir du TAS* avec une simple lampe de chevet” . Anna n’en revenait pas, elle était presque obligée de lever les yeux au ciel face à la rapidité de l’algorithme, mais aussi face à ce contenu qui faisait la promotion d’un traitement dont elle n’avait jamais entendu parler, mais qui était en lien avec les recherches qu’elle venait de faire. Cela faisait maintenant trente-deux minutes qu’Anna était assise dans son véhicule, à réfléchir et à se perdre entre les différents hashtags — #TroubleAffectifSaisonnier #DépressionDeSaison #Dépression — sur les réseaux sociaux. Elle regardait l’interview d'une Norvégienne, dans une courte vidéo sur un compte de médias assez connu. La femme y affirmait qu'il était essentiel d'apprendre à apprécier l'hiver. Le thé fumant qu’elle dégustait dans son chalet drapé d’imposantes couches de neige ne paraissait pas être une contrainte pour elle, apparemment. « Nous le ressentons, mais l’être humain s’habitue à son environnement avec le temps. Il suffit d'être patient », disait-elle d’un air confiant. Anna mit l’écran de son smartphone en veille, puis soupira, agacée. « Faire preuve de patience ? », s’indigna-t-elle. Ce conseil donna envie de pleurer à Anna. Cette expression émotionnelle était bien trop récurrente ces temps-ci et à son plus grand désarroi, vu que l’acte même de pleurer, lui déplaisait. Qu'était-elle censée faire en attendant ? Elle se mit à réfléchir à son hygiène de vie actuelle et aux activités qui pourraient l’aider à aller mieux. De plus, elle se rendait bien compte sans même avoir ouvert tous les articles et vidéos, que les dépressions saisonnières hivernales et estivales n’étaient pas si rares qu’elle le pensait. Présentement, la neige la bloquait fermement dans son parking. Du moins, c’est ce qu’elle s’était trouvé comme prétexte, pour justifier le fait qu’elle ne voulait pas nécessairement remonter à son appartement et faire face à son mari. Après ce qu’elle venait de découvrir en se promenant sur Internet, ainsi que les souvenirs de son élan colérique de la veille, elle avait besoin de réfléchir un peu avant de discuter avec qui que ce soit. Anna refusait d’accepter le froid avec une telle intensité, qu’elle n’avait même pas encore pris le temps d’aller à la cave, afin de récupérer ses manteaux. Bien qu’elle était soulagée de constater qu’elle n’irait pas au bureau aujourd’hui, à cause du temps, elle réalisait aussi qu’elle avait besoin de réconfort et que seul son mari pourrait lui en apporter, à cet instant. Elle murmura « Le printemps est proche » à plusieurs reprises, puis remonta chez elle, se disant qu’elle continuera ses recherches le lendemain. Après tout, elle n’était plus à ça près, vu qu’elle ressentait ces sensations tous les ans à la même période. En ouvrant la porte de son immeuble, elle se retourna avec un fin sourire, puis imagina les premiers crocus poussant à travers le sol dégelé et le soleil qui réchaufferait enfin son visage dans quatre mois. Fin. Merci pour ta lecture de La dépression est de saison et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. TAS* Trouble Affectif Saisonnier
- L'anxiété démasquée
Sophia était passée maître dans l'art de l'invisibilité. À 21 ans, sa vie semblait ordinaire : cours à l'université, dîners en famille, soirées entre amis, etc. Pourtant, sous son apparence sereine, l'anxiété déferlait telle une marée incontrôlable. Chaque situation publique se transformait en une évaluation de sa capacité à dissimuler le chaos intérieur qui l’envahissait. En amphithéâtre, ses mains tremblaient souvent lorsqu'elle serrait son stylo à cause de son stress. Il y avait toujours beaucoup trop de monde autour d’elle et elle se sentait épiée. La semaine passée, sa professeure de biologie l’avait interpellé devant toute sa promo, parce qu’elle souhaitait que Sophia passe à son bureau à la fin du cours. Son cœur battait à tout rompre, comme si il voulait s'échapper de sa poitrine. L'étudiante s’était forcée à sourire et à acquiescer doucement, en espérant que le timbre froid de sa voix ne la trahirait pas. Personne ne semblait remarquer les symptômes qu’elle dissimulait, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle allait se faire réprimander pour quelque chose. Les dîners de famille n’étaient pas plus simples. Habituellement, sa jambe droite s’agitait à table sans relâche, ses paumes étaient moites et sa gorge était tout le temps sèche. Elle redoutait profondément les questions indiscrètes des membres de sa famille, concernant son avenir, sa situation amoureuse actuelle ou son absence à certains événements. Dès que l'anxiété la tenaillait, elle s’excusait discrètement en prétextant avoir besoin de se laver les mains. Il lui fallait souvent deux à trois minutes pour reprendre ses esprits, afin que sa famille ne se doute de rien. Dans la salle de bains, elle s'aspergeait le visage, respirait profondément, puis se forçait à rejoindre la table, le visage serein. Lors des soirées entre amis, Sophia restait généralement assise, ni trop près, ni trop loin des autres, car discuter ou danser pour se distraire ne lui permettrait pas de masquer la panique qui l’habitait, elle avait bien trop peur de dire quelque chose de bête ou de gênant. Lorsqu’elle sentait la pièce tourbillonner de rires et de conversations auxquelles elle ne parvenait pas à prendre part, sa poitrine se resserrait et l’envie de rentrer chez elle devenait persistante. Toutefois, fidèle à son rôle, elle signalait toujours à une seule et unique personne qu’elle avait besoin de sortir, car elle avait éperdument besoin d'air frais. Même les moments les plus anodins la mettaient à l'épreuve. Dans un magasin de vêtements populaire bondé, le bruit et les lumières vives la submergeaient en permanence. Elle s’y sentait piégée, comme si sa vision se transformait en tunnel. S'agrippant ordinairement, soit à l'étagère la plus proche, soit au mur, elle faisait semblant d'examiner un ou deux articles, jusqu'à ce que la vague s’atténue et qu’elle puisse s’en aller, sans être dévisagée par qui que ce soit. Un jour, alors qu’elle était assise seule au parc des Tuileries, après un nouvel épisode anxieux épuisant, Sophia avait remarqué qu'une jeune femme assise sur un banc voisin l'observait. Elle s’était figée presque automatiquement, son cœur s’était emballé et les nausées lui montaient. Bien évidemment, dans le but indéniable que cette personne ne puisse rien remarquer d’étrange chez elle, Sophia avait décidé de présenter son plus beau sourire. L’inconnue s'était approchée d'elle d’un pas hésitant. « Ça ira mieux dans quelques minutes, essayez de vous rappeler que ça ne dure jamais et respirez doucement », avait-elle murmuré. « Je ne dis pas cela par hasard et excusez mes conseils non sollicités mais… J’en fait aussi ». Sophia clignait des yeux rapidement à ce moment-là, complètement abasourdie. « Pardon ? », avait-elle répondu poliment. « Des attaques de panique », précisa son interlocutrice d'un air gêné, comme si, aborder quelqu’un dans la rue était une grande première pour elle. « Je cache les miennes aussi. C'est difficile, n'est-ce pas ? ». Les larmes de Sophia coulaient déjà et la personne perchée au-dessus d’elle n’avait même pas encore terminée sa phrase. Elle ne cessait de se demander comment avait-elle pu être démasquée si rapidement, par quelqu’un qui ne la connaissait pas. La honte, la culpabilité et l’angoisse s’étaient mélangées ce jour-là, en réaction à cette interaction. Sophia avait passé des années à cacher ses symptômes. Aujourd'hui, quelqu'un les avait remarqués, commentés et compris. Il y avait quelque chose chez cette personne qui lui permettait de laisser tomber son masque émotionnel pour une fois. Elles étaient restées au parc quelques heures, à partager leurs expériences avec l’anxiété, et même si Sophia ne revoyait jamais cette femme, elle savait à l’avance que cette journée resterait gravée dans sa mémoire. Fin. Merci pour ta lecture de L'anxiété démasquée et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- Deux inconnus, deux vies
L'alarme de Marc retentit à 6 h 30 du matin. Quelle horreur ! J’ai failli ne pas me réveiller et manquer le travail . Il se leva abruptement, le cœur battant, puis il vérifia l’écran de son téléphone trois fois, avant de se traîner jusqu'à la salle de bains. Dans l'appartement voisin, l'alarme d’ Hayden sonna à la même heure. Il grogna comme d’habitude, appuya sur le bouton « rappel » et s’étira longuement. Cinq minutes de plus ne feront de mal à personne, je vais prendre mon café Colombien à emporter et puis voilà. Les deux hommes atteignirent la station 'La Défense' de la ligne 1 à 7 h 50. Soudainement, la rame s’arrêta entre deux stations, suivie d’un bruit strident. Les portes se fermaient et s’ouvraient toutes les deux minutes. Marc se leva de son siège, car il sentait que ses paumes devenaient moites. Il savait déjà que l’hyperventilation n’était pas lointaine. Et si on reste bloqué ? Je vais être vraiment en retard, ce n’est pas sérieux Hayden était appuyé nonchalamment sur la barre du métro, les écouteurs aux oreilles. Sa tête se balançait discrètement de gauche à droite, au rythme des douces mélodies du rappeur Logic du Maryland. Génial, maintenant j'ai une excuse pour aller à FootLocker avant le travail. De toute façon, j’aurais été en retard avec ces soucis de ligne 1. À 9 h 45, Marc était assis à son bureau et fixait le brouillon d'un courrier manuscrit qu’il devait envoyer avant 15 h 30. Son patron lui avait demandé un rapport d’avancement également et le temps était compté. Et si j’ai l'air incompétent, à cause de mon retard de quarante minutes ? Et si mon rapport fini par être plein de fautes ? Il était déjà à sa troisième réécriture. Hayden , dans un bureau similaire, mais situé dans une rue différente, avait tout de même attrapé deux croissants à la cafétéria de la boîte, avant d’aller s’asseoir à son bureau. Voilà, maintenant que j’ai bien mangé, je peux tout attaquer sereinement. À 13 h 20, un léger accident eut lieu à deux endroits différents. Marc et Hayden venaient de renverser du soda sur leurs pantalons respectifs, par simple et innocente maladresse. Marc fixait la tache qui s’étendait le long de sa cuisse. Tout le monde va le remarquer et penser que j’me suis fait dessus. Oh la la !. Hayden jeta un coup d'œil vers le bas et gloussa en allant aux toilettes. J’suis trop nul, mais c’est marrant quand même, je vais attendre que ça sèche et puis on ne verra rien sur du jean, c’est pas un drame ! À 16 h 05, un collègue invita Marc au restaurant après le travail. Il sourit avec raideur, sachant pertinemment qu’il allait décliner l’invitation, afin de rentrer chez lui et se détendre. Et si je disais ou faisais quelque chose de stupide là-bas ? Une collègue invita Hayden à un bar au même moment. Il sourit et répondit qu’il était partant, en ajoutant qu’après cette journée, c’était bien mérité. J’ai bien besoin d’entendre un peu de musique et de relâcher la pression d’aujourd’hui. À 17 h 20, Marc fixait encore le sol, assis sur la chaise qui était sur son petit balcon parisien, avec l'esprit en ébullition complète. Pourquoi n'ai-je pas dit oui à l'invitation ? Maintenant, ils vont penser que je suis antisocial ou que je les méprise. Pendant ce temps, Hayden se prélassait sur un grand canapé deux places dans un bar avec pianiste, riant avec ses collègues et bien satisfait, après avoir bu une bonne bière fraîche avec eux. Ce fut une bonne nuit dans l'ensemble, j’aurais été au bout de ma vie si j’étais resté à la maison après le boulot. Deux hommes, deux adresses, deux vies, deux façons de penser et de (perce) voir les choses. Le monde de Marc était un labyrinthe d'hypothèses, chaque virage se resserrant autour de lui. Le monde d’ Hayden ? Une route large et ouverte, avec des bosses qu'il remarquait peu. Cependant, il fut un temps, les rôles furent inversés… Aucun des deux ne savait que l'autre existait, mais chacun vivait la preuve que : ce n'est pas la journée qui nous définît, mais la façon dont nous la portons. Fin. Merci pour ta lecture et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
- Procrastination : On t’aime !
Stéphane s'adossa à sa chaise, fixant le canevas Photoshop vide sur son ordinateur portable. Son curseur clignotait dans le coin, le narguant. Ses notes étaient éparpillées sur son bureau avec des idées barrées, des slogans inachevés et des profils de couleurs assez sombres. Sa mission était de commercialiser une nouvelle marque de lait végétalien, mais pour le moment, ce n’était pas gagné. Pourtant, le simple fait de penser à ce projet le faisait sourire, le design était vraiment sa passion. « Ça peut être la campagne qui lance mon agence », pensait-il souvent. Pourtant, un mois s'était écoulé et la toile était toujours vierge. Chaque jour suivait le même schéma. Il se levait tôt, déterminé. Il préparait son café, s'asseyait à son bureau, puis ouvrait son logiciel préféré. Le temps avait l’air de passer plus rapidement que d’habitude. Stéphane avait toujours sa main posée sur la souris de son ordinateur, mais il ne créait rien. D’ailleurs, il finissait souvent sur un jeu ou sur un site de streaming à regarder des mangas . Il griffonnait quelques titres et objets sur papier de temps en temps, mais rien ne lui convenait. Photoshop était là, mais il n’y touchait pas. Il finissait toujours par tout fermer, plein de frustration et avec l'impression d'avoir passé toute la journée à déplacer son PC de son bureau, à la table de la cuisine, puis au canapé, et enfin à nouveau à son bureau. Pour tenter de se ressaisir, Stéphane s’était débarrassé de toute distraction. Il avait cessé de sortir il y a des semaines, puis il avait supprimé ses applications de réseaux sociaux et il avait enfin commencé à méditer tous les matins. « L'esprit reposé, pour un travail de qualité », se disait-il. À son grand désarroi, chaque nuit se terminait de la même façon : la frustration et la culpabilité étaient devenues ses alliées et il n'y avait rien à en attendre. Un soir, assis sur son canapé dans une position qui traduisait bien le stress qu’il ressentait physiquement et mentalement, Stéphane appela Julian, son meilleur ami. « J’comprends pas Ju’ », marmonna Stéphane. « J'adore ce projet, mais je n’arrive pas à le commencer. C'est comme si j'avais peur de le gâcher, avant même qu'il ne soit hors de mon imagination ». Julian fit une pause avant de répondre, « Pourquoi ne pas me montrer ce que tu as fait depuis des semaines, même si ce n’est pas grand-chose ? Tu pourrais aussi en parler à Nico et Emma, je sais que tu as confiance en leur jugement. Demande leur avis. Ça pourrait te décoincer ». Stéphane grimaça, « Argh ! Je n'aime pas montrer des idées à moitié abouties, tu le sais ». « Ouais, et ça, c’est une partie du problème », répondit son ami avec le tact nécessaire. Le week-end suivant, un peu à contrecœur, Stéphane invita quelques amis proches chez lui. Il avait imprimé les quelques bouts d'idées qu'il avait, ainsi que des lignes griffonnées sur des feuilles gris clair et des planches de couleurs potentielles ; il avait même ouvert son écran vierge de Photoshop sur son ordinateur portable, afin de montrer son syndrome de la page blanche à son groupe d’amis. Il était embarrassé au plus haut point. Néanmoins, à sa grande surprise, ses amis s’étaient penchés sur la question avec un réel intérêt et cela le fit sourire. « Ce n’est peut-être pas si surprenant que ça venant d’eux, ils sont géniaux et on se soutient tous ensemble », pensa Stéphane. « Et si le slogan sautait plus aux yeux ? Tu en penses quoi ? », suggéra Emma. « Oui, les couleurs sont trop discrètes. Pourquoi ne pas tenter quelque chose de plus vif ? Tu pourrais aussi rester dans l’univers du végétal pour les éléments qui figureront sur la brique de lait », renchérit Nico. Les idées fusaient, les rires emplissaient la pièce et Stéphane se retrouvait à nouveau en mouvement. Emma lui avait demandé de lui expliquer une fonction de Photoshop et il s’était empressé de le faire, même si au fond de lui, il savait qu’elle avait verbalisé cette requête, uniquement dans le but qu’il touche enfin au logiciel. Après tout, tout le monde savait ajouter de l’ombre à une police. Le lendemain matin, pour la première fois depuis des semaines, le canevas vide semblait moins intimidant et il l’imaginait même se remplir progressivement. C'était comme une nouvelle porte qui s’ouvrait. D’un pas déterminé, Stéphane quitta son canapé, emmena son ordinateur à son bureau et intitula le fichier : Projet VM0001 Lait. Il choisit un vecteur dans sa bibliothèque digitale, puis il commença à jouer avec le design. Progressivement, le canevas se remplissait de couleurs, de lettres qui sautaient aux yeux et d’éléments du domaine végétalien. « Comme quoi… Demander de l’aide, c’est peut-être la solution à la procrastination, hein ! ». Fin. Merci pour ta lecture de Deux inconnues, une vie et à très vite. — Ce récit est une oeuvre de pure fiction… ou pas vraiment cette fois, car la situation de Stéphane fut la mienne le mois dernier ;-)









